Une dame tuée, les manifestants gazés par la police

La tension était très vive, hier mercredi 20 février, à N’dotré (Abobo), aux portes de la commune d’Anyama, lorsque notre équipe de reportage est arrivé, aux environs de 9 h, sur les lieux. Suite au manque d’eau dans le quartier et surtout à la mort d’une mère de famille qu’elles considèrent comme la conséquence directe de cette situation, les populations de N’dotré Abébroukro, ont décidé de se faire entendre. Et de la manière la plus bruyante. « On veut de l’eau, on veut de l’eau. Au lieu de nous donner l’eau, source de vie, on veut nous tuer. Alors, tuez nous », sont quelques phrases de la chanson entonnée par plusieurs dizaines de femmes, d’enfants et d’hommes, regroupés sur la voie, à hauteur de N’dotré-Abébrokoua. Selon les informations recueillies sur place, c’est depuis 4 h du matin ( hier mercredi 20 février), que ces populations sont sorties nombreuses sur l’axe Anyama-Adzopé, pour y faire un sit-in. « Depuis près de quatre mois, nous n’avons pas d’eau dans notre quartier. Nous ne savons pas pourquoi. Nous avons interpellé les responsables de la Sodeci et jusque là, ils ne font rien » a expliqué une femme, très remontée contre la société de distribution de l’eau. Ensuite, c’est un groupe de femmes visiblement épuisées par les longues heures passées à la belle étoile qui s’est adressé à nous. « Le dimanche dernier, une mère de famille, Mme Yabla née Dablé Dri Suzanne, a été tuée par un chauffeur, pendant qu’elle cherchait de l’eau. Son corps est encore à la morgue d’Anyama, sans le second pied que nous n’avons encore retrouvé. Le chauffeur, qui a pris la fuite, n’a pas été retrouvé non plus. C’est donc pour tous ces faits que nous manifestons » . Des femmes ont laissé entendre que les responsables de la Sodeci qu’elles ont informés, ont convoyé une citerne d’eau dans le quartier. « Cela s’est révélé insignifiant. Nous voulons donc des installations en bonne et due forme pour que N’dotré puisse être ravitaillé en eau », a martelé un homme soutenu par plusieurs manifestants. Quant à Célestine, une dame qui se faisait remarquer par les bruits assourdissants qu’elle faisait avec une vieille boîte de conserve, elle a interpellé les autorités compétentes, le président de la République et son épouse. « Je demande au président Gbagbo et à son épouse qui est député d’Abobo, de nous aider à régler définitivement ce problème, dans notre quartier ». Les manifestations ont fortement perturbé le trafic, puisque les automobilistes étaient obligés de garer où de faire demi-tour, dans les deux sens. Les autorités, informées, ont dépêché des cargos de policiers sur les lieux. Notamment des éléments du commissariat du 23ème arrondissement. Ces agents de l’ordre, une fois sur les lieux, ont entrepris des négociations avec les manifestants. Malheureusement, au même moment, des éléments du district de police d’Abobo, ayant certainement reçu l’ordre de « nettoyer » la voie, sont arrivés. Armes au poing, ils ont commencé à lancer des grenades lacrymogènes pour disperser les manifestants. Mais, c’était mal connaître la détermination de ceux-ci. Plus tard, ces manifestants sont revenus couper la voie une fois de plus. Les minutes qui ont suivis, le maire Akouandy Appia Georges de la commune d’Anyama est arrivé sur les lieux. L’autorité municipale a confié qu’elle est venue s’enquérir de ce qui se passe, parce qu’elle aurait appris que des policiers tiraient à balles réelles sur des manifestants. « Nous avons vérifié et il y a des étuis de balles. Il reste à savoir si elles ont réelles ou pas. Sinon, les revendications sont justes, la Sodeci n’arrive pas à fournier l’eau et la Cie est incapable de fournir le courant », nous a-t-il expliqué, avant de repartir. Un détachement de policiers qui avait quitté les lieux a été remplacé par un renfort de la Crs. Ces policiers, une fois face aux populations plus que jamais déterminées, se sont employés à les disperser. Ce qui a provoqué la débandade suivie d’un rapide regroupement des manifestants. Aux environs de 12 h, gagnés certainement par la fatigue, ils ont finalement accepté de libérer la voie et attendre une citerne d’eau qu’on leur a promis. Au moment où nous quittions les lieux, aux environs de 13 h, le calme semblait revenu et les automobilistes pouvaient circuler.

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