La discorde autour des nouvelles règles de la campagne présidentielle française

Le 24 mars dernier, une proposition de loi organique a été adoptée par l’Assemblée Nationale, après avoir été portée par Bruno Le Roux, en tant que Président du groupe socialiste dans l’hémicycle. Son objectif vise à «moderniser» les règles de la campagne présidentielle, en supprimant notamment l’égalité du temps de parole entre l’intégralité des candidats. Plus exactement, il s’agit de réduire la période durant laquelle s’applique cette stricte égalité à deux semaines – au lieu de cinq actuellement – tandis que le reste du temps, le partage du temps de parole s’appliquerait selon la «représentativité des candidats», ainsi que leur degré d’ «animation du débat électoral». Ces deux notions, qui restent à préciser, découleraient notamment des sondages ainsi que des scores obtenus lors des élections antérieures.

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Le texte, n’ayant été adopté que par un comité restreint d’une dizaine de députés présents à ce moment-là, a reçu un accueil pour le moins défavorable de la part de certains représentants politiques – et en particulier au niveau des partis qui pourraient être impactés défavorablement par ces nouvelles normes. Pour exemple, Isabelle Attard, députée écologiste, a dénoncé le «verrouillage» de l’accès à l’élection la plus importante de la Vème République à trois partis seulement : le PS, les Républicains et le FN. De son côté, Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI, a vivement critiqué une «modification dangereuse et scandaleuse», donnant un poids démesuré au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA). Enfin, Nicolas-Dupont-Aignan, président de Debout la France, a insinué, non sans malice, que les députés du groupe socialiste cherchaient à «faire taire» leurs alliés écologistes ainsi que le Front de gauche. Tous les opposants au texte estiment par ailleurs qu’il contribuera à renforcer le taux d’abstention.

Pour les porteurs du projet en revanche, c’est la situation actuelle qui est absurde, en donnant la même audience au candidat d’un des trois principaux partis du pays qu’au représentant d’un obscur parti ne réalisant, au final, qu’à peine 0,20% des voix … En outre, le temps de parole est déjà, de fait, «à géométrie variable», car les interviews et autres spots de campagne des candidats les moins médiatiques ne sont diffusés qu’au milieu de la nuit …

Dans les faits, la nouvelle loi ne modifiera pas fondamentalement la structure de la scène politique pendant l’élection présidentielle, mais elle contribuera à concrétiser de jure une situation qui existe déjà de facto.

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