Mandat d’arrêt international contre Mathias DOUE

Le général de division Mathias Yamoun Doué, ex-chef d’état-major des Forces de défense et de sécurité de Côte d’Ivoire ( FDS-CI), fait l’objet d’une procédure judiciaire auprès du Tribunal militaire d’Abidjan ( TMA). Cette procédure vient de se traduire par l’émission à son encontre d’un mandat d’arrêt international lancé par le parquet militaire. Les faits visés ici sont liés au bombardement du camp militaire français, par l’aviation ivoirienne, en novembre 2004 lors de l’opération ”. La réquisition qui se veut un mandat d’arrêt international a été émise hier mardi 6 juin 2005, selon Ange-Bernard Kessy Kouamé, commissaire du gouvernement que nous avons joint.

La réquisition a été adressée aux pays susceptibles d’abriter le général Mathias DOUE. Celui-ci avait été signalé, récemment en Angleterre, en France, aux Etats-Unis, puis au Burkina-Faso, au Ghana et maintenant au Nigeria. “ Si Doué ne comparait pas volontairement au terme de cette réquisition, le parquet militaire, selon un juge proche du dossier, passera par une ordonnance forcée pour que là où il se trouve, il soit arrêté et mis à la disposition du parquet militaire de Côte d’Ivoire ” . Un juge d’instruction devrait se rendre, cette semaine, en France, aux fins d’engager la procédure, dans le cadre de la coopération judiciaire entre la Côte d’Ivoire et la France. “ Il sera contraint à comparaître ” a insisté le juge. Le Lycée Descartes de Bouaké qui abritait le camp des forces françaises avait été pilonné par l’aviation ivoirienne.

Le drame de cette attaque aérienne qui fit 10 morts, dont 9 soldats français et un civil américain, le 6 novembre 2004, n’a pas encore livré tous ses secrets. La traque des auteurs présumés – deux pilotes biélorusses au service des forces armées ivoiriennes – a été pour le moins bâclée. Arrêtés, dit-on, par les forces françaises, au lendemain des événements, ces mercenaires ont réussi, on ne sait par quel miracle, à faire la belle. Ils font l’objet de recherches actives par les services secrets français depuis des mois. Révélations de Robert Montoya A deux reprises, les autorités françaises ont été en mesure de leur demander des comptes. Or, les pilotes ont sans doute regagné leur pays, sans être inquiétés, selon des sources militaires françaises.

Plusieurs témoignages indiquent même que Paris aurait choisi de les laisser fuir. Un Français aura-t-il aidé à exfiltrer les Biélorusses ? Robert Montoya, ancien gendarme de la cellule élyséenne, reconverti dans les affaires à Lomé (Togo), a été entendu comme témoin par la justice. Il nie en bloc et fait des révélations. “ Vous vous doutez bien que j’ignorais à quoi ces appareils allaient servir. Je suis représentant pour l’Afrique de BSVT, une entreprise d’Etat biélorusse, chargée des produits d’exportation. En avril 2003, les ministres de la Défense de Biélorussie et de Côte d’Ivoire signaient un accord de coopération d’Etat à Etat, prévoyant la livraison de matériel et leur maintenance par des assistants techniques. Les deux premiers Sukhoï biplaces, ceux qui seront utilisés à Bouaké, ont été achetés en mai 2003. Une époque où il n’y avait pas d’embargo. Je ne connais aucun de ces hommes ”, répond-il à L’Express, un journal français. L’enquête judiciaire sur l’attaque pour “assassinat”, menée par la juge au tribunal des armées de Paris, Brigitte Raynaud – remplacée, récemment, par Florence Michon – et la brigade criminelle, tente de lever les énigmes de Bouaké, cocktail de calculs diplomatiques et de secrets militaires. A Paris, l’affaire fait trembler l’establishment. Me Jean Balan, l’avocat de 24 parties civiles, veuves des tués de Bouaké ou soldats blessés, vient de déposer une requête afin que la justice entende le chef d’état-major des armées, Henri Bentégeat, la ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie et le Premier ministre, Dominique de Villepin, à l’époque ministre de l’Intérieur.

En Côte d’Ivoire, le parquet militaire vient d’ouvrir le dossier. Mathias Doué et René Amani devront comparaître très bientôt. Tout commence aux premiers jours de novembre 2004, à Abidjan, la capitale économique, alors que les forces du président Laurent Gbagbo planifient une grande offensive contre les rebelles qui tiennent le nord du pays. Le général chef d’état-major, Mathias Yamoun Doué, s’oppose ouvertement à cette opération. Mis à l’écart, Doué prend la mouche et aurait alors informé l’Elysée du “ projet de Gbagbo ”. Selon l’Express, Paris s’inquiète de l’ “opération Dignité” : ses régiments stationnés dans la zone tampon, risquent d’être pris sous le feu. Paris dissuade Gbagbo Le 2 novembre, Gbagbo reçoit, longuement, à la nuit tombée, l’ambassadeur de France, Gildas Le Lidec (aujourd’hui en poste au Japon) et le général Henri Poncet, alors commandant du contingent Licorne. Le diplomate et le militaire veulent dissuader l’Armée ivoirienne de marcher sur le Nord. Il était trop tard… Et ce qui devrait arriver, arriva le 4 novembre. La suite, on la connaît. Bombardement du camp, 10 soldats français tués, réplique foudroyante de l’armée française, destruction systématique de tout l’arsenal de l’aviation ivoirienne, sur instruction de Jacques Chirac. Quel a été donc le rôle de Mathias Doué dans ce cocktail explosif ?

C’est pour éclairer les circonstances de cette sombre affaire que la justice militaire ivoirienne va demander l’audition de l’ancien ministre de la Défense et de l’ex-chef de l’armée loyaliste, ce dernier en fuite, dans l’affaire du bombardement du camp français de Bouaké. « Une réquisition internationale a été lancée afin de retrouver le général Mathias Doué (ex-chef d’état-major) pour le faire comparaître », a déclaré le commissaire du gouvernement (procureur dans la justice militaire), le capitaine de corvette Ange Kessy. L’ancien ministre de la Défense, René Amani, doit également être entendu dans le cadre de l’information judiciaire ouverte contre X par la justice militaire, a-t-il précisé. Le parquet militaire veut, notamment, interroger le général Doué à propos de « conversations secrètes » qu’il aurait eues avec des mercenaires biélorusses, chargés de co-piloter et entretenir les avions ivoiriens qui ont bombardé, le 6 novembre 2004, le camp français de Bouaké, fief de la rébellion ivoirienne au centre du pays.

Ce raid avait fait 10 morts et 35 blessés parmi les soldats français et un civil américain avait été tué. Huit mercenaires biélorusses avaient été arrêtés peu après et mis, pendant 15 jours, à la disposition de la France, mais celle-ci n’a pas souhaité agir, selon l’ex-ministre de l’Intérieur du Togo, François Esso Boko, dont le témoignage figure au dossier d’instruction ouvert en France sur cette affaire. « Le parquet militaire veut établir une liaison entre le fait que les pilotes biélorusses soient pris et relâchés et un certain nombre de conversations secrètes qu’il y a eu entre le général Doué et ces pilotes », a expliqué le commandant Kessy. « Le parquet estime que le lien entre la remise en liberté des pilotes biélorusses pris par les Français et les communications secrètes qui viennent d’être communiquées au parquet doit être éclairé », a-t-il poursuivi. “ S’il ne comparait pas de son propre gré, on passera par une ordonnance forcée pour que là où il se trouve, le pays le contraigne à comparaître ” a insisté le commissaire du gouvernement, joint, hier après-midi. Ajoutant que cette réquisition n’a pas de délai de validité. Le bombardement de Bouaké, lors d’une offensive loyaliste contre les positions rebelles, avait entraîné une crise dans les relations entre Paris et Abidjan. L’armée française avait riposté en détruisant la quasi-totalité des avions militaires ivoiriens.

De violentes manifestations anti-françaises s’en étaient suivies, avec des pillages et des exactions, entraînant le départ de Côte d’Ivoire de quelque 8.000 expatriés français. Le général Doué, tombé en disgrâce fin 2004 et en fuite depuis lors, a menacé publiquement de renverser le président Laurent Gbagbo. L’actuel chef d’état-major loyaliste, le général Philippe Mangou, commandant du théâtre des opérations au moment du bombardement, a déjà été entendu par la justice militaire, a souligné le parquet militaire. Le juge militaire chargé du dossier, le lieutenant Kokobo Blé, se rendra, la semaine prochaine, en France, pour y rencontrer son homologue du Tribunal aux armées de Paris (TAP), Florence Michon, selon le commandant Kessy.

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