Les Forces nouvelles aux enchères

S/S Enchères Officiellement, le Rassemblement des républicains (Rdr), par la voix de son président Alassane Dramane Ouattara (Ado), s’est déclaré courtisan des Forces nouvelles, nom de baptême de la rébellion armée. En effet, lors du deuxième congrès ordinaire du parti qui s’est tenu, récemment, Ado a solennellement demandé « la main » des Forces nouvelles. Cette « déclaration d’amour » intervient à quelques mois des élections présidentielles à laquelle le président des républicains est candidat. Ado qui entend mettre toutes les chances de son côté pour gagner ces joutes électorales, se prépare donc activement. Ayant donc vu en l’ex-rebellion un « bétail électoral » important, le président du Rdr n’a pas hésité à demander aux Forces nouvelles de rejoindre son parti. Mais au-delà de la sollicitation, le Rdr est convaincu que l’indépendance que semble affichée les Forces nouvelles constitue une menace réelle pour lui dans la mesure où ce mouvement empiète sur son bastion naturelle qu’est le nord du pays. Alors est-il judicieux, pense Ado, d’avoir les Forces nouvelles avec lui plutôt que contre son parti le Rdr.

Ce clin d’œil du Rdr à l’ex-rebellion traduit l’angoisse de ce parti politique de voir son allié lui glisser définitivement entre les mains depuis la nomination de Soro Guillaume, secrétaire général des Forces nouvelles, au poste de Premier ministre. Justement, en désignant Soro chef du gouvernement ivoirien, le président de la République, Laurent Gbagbo, a frappé un grand coup, donnant l’impression d’avoir rallier à sa cause son ennemi d’hier. Et la parfaite entente entre Gbagbo et Soro donne bien naturellement la frousse aux partis de l’opposition dont le Rdr. De toute évidence, la cour aux Forces nouvelles, qui ne présenteront pas de candidat aux élections présidentielles, a été ouverte par les principaux partis politiques depuis l’accord Marcoussis. De fait, ils s’étaient presque tous « liés d’amitié » avec les Forces nouvelles dans la perspective de combattre le chef de l’Etat Laurent Gbagbo et le contraindre à la démission.

Et comme stratégie pour parvenir, une alliance dénommée « G7 » a été créée et dont les actions se sont révélées infructueuses à certains égards. Aujourd’hui, grâce à l’accord politique de Ouagadougou, c’est Laurent Gbagbo qui semble s’imposer comme celui qui a gagné l’estime des Forces nouvelles, même si celles-ci s’abstiennent de faire connaître le parti politique qu’elles soutiendront lors des élections. Le chef de l’Etat a marqué des points et a certainement pris une longueur d’avance dans cette cour assidue aux Forces nouvelles : nomination de Soro Guillaume au poste de Premier ministre, grades militaires accordées aux soldats des Forces nouvelles, recrutement de certains d’entre eux dans la prochaine armée réunifiée, etc. Malgré cela, il n’est pas question pour l’opposition de baisser les bras ou de se laisser gagner par un quelconque découragement, surtout que l’on est convaincu que les Forces nouvelles demeure un allié. Il est clair qu’une position affichée des Forces nouvelles pèsera dans la balance des élections présidentielles. C’est pourquoi Ado a pris ouvertement les devants en faisant la proposition aux Forces nouvelles de rejoindre le Rdr.

Le Parti démocratique de Côte d’Ivoire ( le Pdci, parti d’opposition) est lui aussi un courtisan des Forces nouvelles. N’est-ce pas pour faire plaisir à Soro Guillaume et ses hommes que Henri Konan Bédié, président du Pdci, a déclaré, il y a quelques semaines, à dessein, que l’ex-rebellion conserve ses armes jusqu’aux élections. Une suggestion qui n’est certainement pas fortuite puisque le Pdci y a un intérêt. Au secrétariat général de ce mouvement non encore désarmé, on est bien conscient des yeux doux qui sont faits aux Forces nouvelles. On entend par conséquent se donner le temps d’analyser les offres qui seront faites puisque, selon le secrétaire général adjoint des Forces nouvelles,Louis-André Dacoury Tabley, dans une interview qu’il a accordée à un confrère de la place, « … dans les Forces nouvelles, les uns et les autres viennent d’horizons différents. Il faut tenir compte de ce fait aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du mouvement (…) Car c’est de façon individuelle que nous y sommes arrivés, chacun en y apportant de lui-même ». Si pour Louis-André Dacoury Tabley, un rapprochement entre le Rdr et les Forces nouvelles n’est pas systématiquement à exclure dans la mesure où cela résoudrait des contradictions au sein de leur mouvement, l’ex-rebellion attend cependant l’offre des autres formations politiques. « …chacun, au sein des Forces nouvelles, a sa carrière politique à gérer. Car au sortir du congrès (le récent congrès du Rdr : Ndlr), j’ai plaisanté avec le Premier ministre Kablan Duncan.

Je lui ai dit que nous attendons aussi l’offre du Pdci, son parti. Et le Fpi, comme les autres partis, peut aussi faire son offre, puisqu’au sein des Forces nouvelles, toutes les sensibilités sont représentées », a déclaré le numéro 2 de l’ex-rebellion armée. Comme on le voit, c’est à qui fera la meilleure offre qui « s’adjugera » les Forces nouvelles dans cette sorte de vente aux enchères où le commissaire priseur reste bien les Forces nouvelles elles-mêmes.

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