Le rapport du CIAPOL qui dit tout

Après l’affaire des déchets toxiques, voici une autre sale affaire, celle de riz contaminé acheminé par un bateau, qui met sur la sellette, une fois de plus, le Port autonome d’Abidjan.

C’est le quotidien ‘’24heures’’qui, dans sa parution du 9 novembre 2006, donne l’information. “Un bateau chinois sème la mort au Port d’Abidjan ”, avait révélé le confrère, précisant que le navire était arrivé au Port autonome d’Abidjan avec une cargaison de 700 tonnes de riz contaminé, qui a causé la mort d’au moins une personne et contaminé d’autres individus qui ont été hospitalisés. L’ambassade de la République populaire de Chine en Côte d’Ivoire, qui a pris l’affaire au sérieux, a, dans un courrier adressé à des quotidiens ivoiriens, éclairé l’opinion nationale et internationale sur le fait que c’est plutôt un bateau grec, dont le propriétaire est la société mixte (allemande et greque), Destino Dos navigation LT.D. Valletta, qui est à l’origine des tonnes de riz venues de deux ports de Chine (Dalian et Nanjing). “ Entre la Chine et la Côte d’Ivoire, l’amitié s’avère sincère, primordiale et perpétuelle ”, a rassuré l’ambassade de Chine, qui a joint à son courrier, dont nous avons reçu copie en fin de semaine dernière, un fichier d’informations relatives au bateau grec. Dans un rapport à l’attention du ministre de l’Environnement et des Eaux et forêts, note qui nous a été acheminée par une source proche du dossier, le directeur général du Centre ivoirien anti-pollution (Ciapol), M. Doh André, informé par le Port Autonome d’Abidjan (P.a.a) et la direction générale des Affaires maritimes et portuaires (Dgamp) sur l’affaire de riz contaminé, a désigné, le 3 novembre 2006, une équipe du Ciapol conduite par le docteur Ouffoué Koffi Sébastien, sous-directeur du laboratoire central de l’environnement, à se rendre au quai 18 du Port autonome d’Abidjan. L’équipe constituée par le Dg du Ciapol était composée du docteur Ouffoué, du major Pana Ké, Chef de service (Unipol/Ciapol), de Boni Juste Géraud, agent de police antipollution, de Gbika Gbaré Hubert, technicien chimiste et de Poto Allain, technicien Chimiste. Cette équipe a bénéficié de l’appui de deux huissiers. La mission a porté essentiellement sur la visite du navire, des questionnaires aux consignataires et aux dockers, des prises de vue (photos + films), le prélèvements de riz (sac) dans les différentes cales, des mesures de H2S à l’aide d’appareil Drager et des prélèvements de slops. Selon l’équipe du Ciapol, l’affaire de riz contaminé acheminé à Abidjan est bien le fait d’un navire M/V Destino Dos battant Pavillon maltais et transportant précisément 13.772 tonnes de riz à décharger à Abidjan. C’est au cours des opérations de déchargement, qui ont démarré le mercredi 1er novembre 2006, à 19 heures, et achevé aux environs de minuit, qu’un docker qui travaillait dans la cale a ressenti un malaise et en est mort aussitôt à bord. Il s’agit de M. Coulibaly Sanou. Dans la nuit du 2 au 3 novembre 2006, rapporte le Ciapol, deux autres cas de malaise ont été signalés dont un marin du navire et un docker. Dans la journée du 3 novembre 2006, de nouveaux cas de malaise ont été signalés, un dans le magasin de stockage et un treiliste. Tous ces cas de malaise proviendraient de la cale No 5. Face à cette situation, indique le rapport du Ciapol, les dockers ont observé un arrêt de travail, le 3 novembre 2006, et la société de consignation a alerté les autorités ivoiriennes. A la suite, cinq (05) échantillons de riz ont été prélevés dans les différentes cales, soit un sac par cale. Ces échantillons serviront à des analyses plus approfondies et contre analyses en cas de nécessité. Des mesures de H2S à l’aide d’appareil Drager ont été effectuées. Il ressort que les teneurs dans l’air aux environs des cales et sur le bateau sont mesurées à zéro (0) ppm. Les mesures ont été effectuées par les agents du Ciapol. Ces derniers ont aussi effectué des mesures de la phosphine (PH3). La phosphine (PH3) est un gaz qui se dégage du phosphore d’aluminium. Le phosphore d’aluminium, précise le rapport, est un fumigent de traitement des cales de navire utilisé pour lutter contre les rats et autres ravageurs. Compte tenu de la toxicité de la phosphine, fait savoir l’équipe du Dg du Ciapol, il est recommandé que les cales, avant toute opération, soient aérées, même à des endroits où la teneur en PH3 est inférieure à 0,3 ppm. Or au-delà de 0,3 ppm, les conditions de travail deviennent dangereuses pour les travailleurs. Par ailleurs, et cela est notable, il y a eu aussi des Prélèvements de slops, ces eaux usées qui proviennent des cales et qui ont fait parler d’elles dans l’affaire des déchets toxiques. Suite à une visite du Dg du Ciapol, le capitaine du navire grec en question a été interpellé et est entendu par le commissariat du Port autonome d’Abidjan sur instruction du procureur de la République près du Tribunal de première instance du Plateau. D’autre part, M. Doh André a recommandé que des investigations plus approfondies se fassent pour déterminer les causes exactes ayant entraîné les malaises et le décès. En tout cas, selon les investigations du Ciapol, le PH3 pourrait être le facteur de l’accident qui s’est produit le 1er novembre dernier. Mais pour plus de précision, conclu le rapport du Ciapol adressé au ministère de l’Environnement et des Eaux et forêts, il est nécessaire que des mesures soient effectuées pour déterminer la teneur en humidité, sur les résidus de phosphine dans les cales et sur le riz prélevé. Cette opération sera effectuée dans l’immédiat par le laboratoire du Ciapol en collaboration avec les laboratoires de la SGS et de la SIR.

Le gouvernement se tait… Il y a donc eu mort d’homme dans cette autre affaire de bateau arrivé au Port avec des produits toxiques, qui sèment la mort dans la population. Tout comme cela s’est passé avec le navire Probo Koala. Le peu d’Ivoiriens informés de cette affaire de riz contaminé au Port, se posent des questions. Pourquoi la gestion de cette affaire-ci n’est pas pareille à celle de Probo Koala ? Quelle est la position de la direction générale (intérimaire) du port et celle des douanes vis-à-vis des autorités ? Le ministre Patrick Achi, des Infrastructures économiques et le ministre Diby, délégué à l’Economie et aux Finances, sont allés sur les lieux, dimanche 5 novembre 2006, se rendre compte des faits. Et le Ciapol, dans un rapport bien fait, a confirmé la contamination du riz par un produit de dératisation. Qu’attend donc le gouvernement pour sévir, comme ça été le cas avec les déchets toxiques ? Y a-t-il deux catégories de morts dans ce pays ? Y a-t-il des morts supérieurs et des morts inférieurs en Côte d’Ivoire ? Des gens sont morts par des produits toxiques sortis du navire Probo Koala et déversés dans les quartiers du district d’Abidjan. Mais, la dangerosité de ce produit toxique s’est limitée au district et à ses environs. Or, le riz qui est à la base de l’alimentation de tous les Ivoiriens et des populations vivant sur notre sol, est distribué sur tout le territoire national, voire au-delà de nos frontières. Il est établi que ce riz a été empoisonné et aucune des autorités n’en parle aux Ivoiriens. Que veut-on cacher ? Entretient-on volontairement ce silence pour couvrir le gouvernement ? Autant de questions que l’on se pose aujourd’hui sur cette affaire. D’autre part, l’on constate que le traitement fait aux deux Directeurs généraux suspendus des douanes et du port d’Abidjan, n’est pas celui que connaissent les deux directeurs généraux intérimaires actuels. Quelle est leur part de vérité dans cette autre affaire de bateau grec qui cause la mort ? Va-t-on les suspendre et limoger ministre des Infrastructures économiques ? Assurément, il y a là deux jugements différents à des choses analogues, c’est-à-dire qu’on fait deux poids, deux mesures. Sinon, pour une affaire aussi grave qui est celle de riz contaminé, affaire qui a éclaté depuis le 1er novembre, pourquoi veut-on continuer à cacher la vérité aux populations ? Si la primature, avec le Premier ministre Banny en tête, est restée silencieuse jusqu’à ce jour, et n’a créé aucune commission d’enquête, et qu’aucune autre autorité n’a interpellé les Directeurs généraux intérimaires des Douanes et du Port, il est temps que le chef de l’Etat, Laurent Gbagbo, réagisse et prenne ses responsabilités car la Douane le Port d’Abidjan, poumons de la résistance économique ivoirienne, se meurent.

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