La Turquie prend ses distances avec la CEDH

Suite à une étrange – car très « amateuriste » – tentative de coup d’Etat en Turquie, et qui ne manque d’ailleurs pas de susciter bon nombre de théories conspirationnistes, le Président Recep Tayyip Erdogan a fait savoir, le 20 juillet dernier, qu’il instaurait l’état d’urgence. Dans le cadre de cette procédure d’exception, et afin que son pays ne puisse pas être l’objet de possibles condamnations pour violation de la Convention Européenne des Droits de l’Homme, il a également fait savoir que la Turquie allait temporairement déroger à ladite CEDH.

Turquie CEDH

En parallèle, le vice-premier ministre, Numan Kurtulmus, n’a pas manqué de rappeler que la France avait déjà fait usage de l’article 15 de la Convention, suite aux attaques terroristes de novembre dernier. Il a ajouté que son pays continuerait cependant de respecter ses obligations internationales… et ce alors même que de nombreux experts occidentaux n’hésitent pas à parler de «purges» pour qualifier les arrestations et suspensions de plusieurs dizaines de milliers de fonctionnaires (militaires, enseignants, juges, etc.) suite au putsch raté.

Pour l’heure, nul ne sait combien de temps durera cette situation, mais Numan Kurtulmus a fait savoir qu’il «espérait» un retour à la normal d’ici un mois et demi environ. Pour l’heure, le pouvoir exécutif est nettement renforcé, la Constitution prévoyant notamment que les décrets qu’il promulgue ont aussitôt «force de loi», y compris lorsqu’il s’agit de restreindre des libertés telles que celles de circuler librement ou de manifester. Le vice-premier ministre a bien pris garde de noter que cela n’équivalait pas à l’instauration de la loi Martiale, mais force est de constater que la nuance est faible…

En tout état de cause, même en ayant le droit de déroger temporairement à la CEDH, la Turquie ne peut pas, du fait de ses autres engagements internationaux, attenter à la vie, torturer ou mettre en esclavage qui que ce soit. Dans le cas contraire, elle s’exposerait de nouveau à des condamnations, et nul doute que son processus d’adhésion à l’Union Européenne serait arrêté sur le champ. Toutefois, le président Erdogan semble fébrile, car lorsque Jean-Marc Ayrault a simplement rappelé que la France refusait d’accorder «un chèque en blanc» au gouvernement turc, il a invité notre premier ministre à «se mêler de ses affaires» et à venir prendre «une leçon de démocratie» en Turquie …

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