Deux pilotes ivoiriens parlent

BOMBARDEMENT DU CAMP FRANÇAIS DE BOUAKE

 

Le bombardement d’un camp français par l’aviation ivoirienne avait fait neuf morts le 6 novembre 2004.
Le 6 novembre 2004, neuf soldats français étaient tués à Bouaké lors de bombardements menés par l’aviation ivoirienne. Pour Paris, qui s’appuie entre autres sur les déclarations du général Poncet, l’ancien commandant de Licorne, cette attaque était délibérée. Le 5 janvier 2006, un mandat d’arrêt international a été émis par la juge Brigitte Raynaud du Tribunal permanent des armées (TPA). Il vise deux pilotes ivoiriens, le colonel Patrice Oueï, 48 ans, et le capitaine Ange Gnanduillet, 51 ans, soupçonnés d’avoir participé à l’attaque. Pour la première fois, les deux soldats ont accepté de parler. “Si c’est de notre fait, c’est vraiment une bavure”, affirme le capitaine Gnanduillet, pilote dans l’un des avions à l’origine du bombardement. “Je n’étais pas dans un avion, affirme le colonel Oueï, mais je peux dire que personne n’a voulu cela. Qu’on ne nous dise pas que cela a été fait sciemment.” La rencontre a eu lieu à l’état-major de l’armée ivoirienne, juste en dessous du bureau du chef d’état-major, le général Philippe Mangou, un proche de Laurent Gbagbo. Tout au long de la discussion, les deux soldats, inquiets et nerveux, ont bénéficié de la présence du commissaire du gouvernement ivoirien, le colonel Ange Kessi. Les faits tels que rapportés sont relativement clairs. Le 2 novembre 2004, l’escadron de chasse, anciennement basé à Bouaké, s’installe sur le tarmac de Yamoussoukro : “Nous partagions la même plate-forme que les Français, affirme le colonel Oueï. Ils étaient aussi là. Nous sommes arrivés avec deux avions de chasse Sukhoï et un Strike Master. Nous avons travaillé sans problème avec les Français. S’ils nous avaient dit : “Vous ne bougez pas, nos missions n’auraient pas eu lieu.” “ Nous tirions des roquettes. Ça n’est pas précis ” Abidjan avait alors décidé de lancer une offensive de reconquête du Nord, tenu par les rebelles. L’opération s’appelle “ Dignité ”, s’étale sur plusieurs jours et implique l’aviation. “Les deux premiers jours, raconte le colonel Oueï, nous avons mené nos missions sans difficulté. L’objectif était de titiller les rebelles. Le troisième jour, tout a changé. Nos pilotes ont essuyé des tirs de nos amis français. Par la suite, on apprendra que les Français nous reprochent une attaque sur Bouaké. Mais, sur place, c’était le branle-bas de combat. Nous avions deux hélicoptères MI- 24 en l’air. Nos pilotes croyaient que les rebelles nous attaquaient. Le soir, des hélicoptères français ont décollé et tiré des missiles sur nos avions”. Selon les deux soldats ivoiriens, le bombardement contre les Français serait une bavure : “Nos avions ont fait ce samedi deux ou trois passes sur Bouaké. A la troisième, nous avons visé une position de rebelles à 500 mètres des Français. Nous tirions des bombes et des roquettes. Ça n’est pas précis. Beaucoup moins que des missiles.” “Si c’est de notre fait, répète le capitaine Ange Gnanduillet, formé en 1978 en France, c’est vraiment une bavure ”. “ J’admets que c’est regrettable, poursuit le colonel Oueï, mais personne n’a voulu cela. Qu’on ne nous dise pas que cela a été fait sciemment. Nous ne sommes pas des mercenaires ou des tueurs à gage. Aucun d’entre nous n’est contre la France. Aucun pilote ivoirien n’a peur d’aller devant une juridiction.”

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