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Musique ivoirienne

Eba Aka Jérôme(artiste musicien) :‘’Je regrette...’’

• samedi 29 mars 2008 par K.A.Parfait kaparfait@yahoo.fr
 

Eba Aka Jérôme, comment avez-vous été révélé ? Eba Aka Jérôme : Je suis Eba Aka Jérôme, artiste musicien, chanteur, auteur compositeur, arrangeur et chef d’orchestre à Bonoua. Ensuite, j’ai joué à Loukou Jal de Maféré, j’ai joué avec NDouba Simon pendant quelques temps (1an). A Port-Bouet, une bonne volonté m’a aidé à créer Arkess Rythme de Port-Bouët. L’album qui m’a révelé au public, est d’abord un 45 tours que j’avais fait avec madame Oro et le titre de ce 45 tours chanté en français avait pour titre ‘’tu vends cher’’. Ensuite, je suis allé au Ghana où j’ai enregistré en 1977-1978, ma chanson ‘’Trahison’’. Cette chanson m’a propulsé sur la scène musicale en Côte d’Ivoire. Elle a ouvert la voie à des vedettes africaines. Je veux parler de Sam Mangouana, Tho Blaise Kounkou, Salif Kéita... En fait, c’était la première fois que l’on commençait à chanter en français. C’est moi qui ai initié cette manière de chanter en français pour faire comprendre le message du point de vue moral. Vu que l’amour est la clé de tout ce qui se passe dans le monde, j’ai chanté en français, ‘’je croyais que tu m’aimais pourtant c’est faux’’. Cette chanson a été adoptée parce que chacun peut avoir des problèmes dans un couple. Dans un couple, il y a un côté positif et un autre négatif. Il y avait en ce temps un concours avec Ivoire Dimanche en 1977, c’était Ernesto Djédjé qui était le numéro un de la musique ivoirienne. En 1978, c’était Eba Aka Jérôme, le numéro un de la musique ivoirienne.

Vous viviez en ce moment de votre art ? E.A.J : Quand on parle de l’art, il y a deux choses. Ou on est connu sur le plan national, international ou alors on n’a pas d’argent. Sur le plan de la popularité, je dois beaucoup à cet album : ‘’Trahison’’ qui continue d’être sur le marché depuis 1977. Au niveau de l’organisation, c’était difficile. Vous êtes musicien, chef d’orchestre, guitariste, chanteur, manager, producteur, c’était pénible pour une seule personne. Aujourd’hui, les rôles sont bien spécifiés, en ce sens que toutes ces fonctions sont séparées. Il faut aussi avoir les moyens. Pour l’album Trahison, on avait visé le marché ivoirien. Mais lorsque votre œuvre tombe au Nigeria, Gabon... c’est la grande piraterie. Cette œuvre(Trahison) a été un succès mais les retombées financières n’ont pas été satisfaisantes.

Vous avez aujourd’hui combien d’albums ? E.A.J : J’ai 17 ‘’33 tours’’, 9 ‘’45 tours’’, j’ai près de 150 œuvres composées au Burida. J’ai des œuvres sur le marché et il se pose un problème de promotion. Aujourd’hui, on a l’impression que la seule œuvre que je possède est l’album ‘’Trahison’’. Or, jusqu’au aujourd’hui, je continue d’enregistrer...

Mais on ne vous sent pas, on a le sentiment que vous n’existez pas. E.A.J : Je continue de produire, mais je n’ai pas de réseau de promotion assez fiable pour faire connaître mes œuvres.

Quel regard jetez-vous sur la musique ivoirienne, avec l’émergence de différents genres musicaux ? E.A.J : La musique est devenue plus industrielle aujourd’hui. L’art a tendance à disparaître. Pour trouver les guitaristes, instrumentistes, c’est difficile. Vous avez 4 arrangeurs chargés de faire toute cette musique que nous écoutons. J’ai un peu peur que demain, tout se retrouve dans les studios. Il n’y a que Podium qui fait qu’on découvre véritablement certains talents, mais après les émissions, on ne voit plus ce type de chanteurs. La musique actuelle consiste à composer des chansons pour plus impressionner la population au lieu de l’amener à prendre conscience. C’est pourquoi, je voudrais dire aux jeunes que la musique s’apprend. Je connais certaines personnes qui ont des chansons qui marchent bien, mais ils chantent faux sans que le public ne s’en aperçoive. Je demande aux jeunes qui s’adonnent à la musique d’apprendre aussi à jouer d’un instrument.

S’agissant de votre situation sociale, où résidez-vous en ce moment ? E.A.J : La vie est terrible. Il fut un moment où j’avais un problème de cordon vocal. J’ai passé 15 ans sans chanter. J’ai prié Dieu et voici ce que je lui ai dit : ‘’Je n’ai que ma voix pour nourrir ma famille, si tu m’arraches cette voix, que vais-je devenir ?’’ Je ne sais pas si c’est un miracle, mais ma voix est revenue. Je suis à Abidjan, mais je suis dans un trou, dans le bas peuple, où ceux qui ont des problèmes pour joindre les deux bouts vivent. Cette situation de misère sociale m’a enseigné beaucoup de choses. Même pendant votre succès, il faut être humble. Je vis une situation difficile, mais je ne m’en plains pas. On a décoré tous les anciens musiciens dans ce pays, vous pensez que Eba Aka Jérôme, par rapport à son apport à la musique ivoirienne, ne mérite pas une petite médaille ? Malgré ma situation de misère, je ne suis pas prêt à échanger de l’argent contre ma dignité et en être esclave. Si on reconnaît ma compétence et qu’on n’appelle, je suis disponible.

Regrettez-vous votre situation sociale ? E.A.J : Je le regrette dans la mesure où des amis avec qui j’ai vécu reçoivent tout, et moi je me retrouve isolé. Ce qui me fait dire que les hommes sont méchants.

A qui la faute ? E.A.J : Il faudrait qu’on reconnaisse mes compétences. On a reconnu celles des autres et on a l’impression que moi, je n’existe pas. A Aboisso, je suis un pilier essentiel de la musique. Pourquoi on décore les autres et pas moi ? Pourquoi ? Vous savez, on aime décorer quand vous êtes mort. On donne les cercueils de grande valeur pour vous enterrer, mais quand vous vivez et qu’on vous voit souffrir, ils font semblant.

On vous reproche d’être un coureur de jupons... E.A.J : Quelqu’un qui a fait le tour de l’Afrique ne peut pas dire qu’il n’est pas coureur de jupons. Un artiste est un coureur de jupons. Par ailleurs, je ne peux pas dire que j’ai investi mon argent dans les femmes. Non ! J’ai acheté mes instruments pour mon orchestre et j’avais près de 15 musiciens. Votre directeur des rédactions Monsieur Losséni Zoromé peut en témoigner. Ernesto Djédjé et moi étions les premiers à avoir notre matériel à nous. J’avais pour 17 millions de francs cfa de matériel.

Où se trouve cet orchestre en ce moment ? E.A.J : Mon orchestre ‘’le Sanwi star’’, est une société qu’une seule personne ne peut entretenir. De 1975 à 1987, l’orchestre à marché et après j’étais obligé de le laisser tomber. En fait, quand vous êtes seul, vous n’avez pas à partager le cachet gagné. Or, être chef d’orchestre, revient à dire que le cachet est pour tout l’orchestre composé de 15 personnes. Il faut entretenir le personnel. En 1979, j’ai été le premier à acheter une sono de 1 750 000 de francs cfa, qui aurait pu m’acheter une villa en son temps. Même Ernesto Djédjé avait quelques problèmes avec son orchestre. Le doyen Amédé Pierre peut témoigner pour dire que gérer un orchestre, n’est pas chose facile. Aujourd’hui, ce sont les orchestres akyé qui restent. Et là, ce sont des entreprises familiales, où ce sont des cadres qui prennent la responsabilité de faire vivre l’orchestre. Tel n’a pas été mon cas.

Quels sont vos souhaits aujourd’hui ? E.A.J : Actuellement, mon souhait est de m’investir dans la production de mes œuvres. Mon projet, c’est d’avoir quelqu’un qui puisse gérer tout ce répertoire que j’ai composé, le valoriser et en faire la promotion. Je n’ai pas un seul clip au niveau de la télévision parce que je n’ai pas de ressources.



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